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Les micropolluants dans l’environnement - Quels risques ?

Quelques grands groupes de polluants

Les POPs (Polluants Organiques Persistants)

Les POP sont les polluants organiques persistants, c'est-à-dire qu'ils se dégradent difficilement et perdurent dans l'environnement pendant de nombreuses années. Ils peuvent contaminer tous les compartiments de l'environnement et sont souvent transportés sur de longues distances par l'eau ou par l'air. On peut donc les retrouver très loin de leurs zones d'émission. Les POPs sont régis par la convention de Stockolm votée par 127 pays en 2001 (www.pops.int). L'article 3 de cette convention mentionne que ces pays vont prendre des mesures pour "réduire ou éliminer les rejets résultants d'une production ou d'une utilisation intentionnelle" des POPs. Il existe actuellement 12 POPs:

- les insecticides: DDT, Chlordane, Heptachlor, Aldrin, Endrin, Dieldrin, Mirex et Toxaphene

- les produits industriels: PCBs, Hexachlorobenzène

- les produits non intentionnels (by-products): Dioxines, Furanes

On ajoute à ceux-ci communément les PAHs, les retardateurs de flamme bromés et certains organo-métalliques comme le tributhylétain.

Les POPs les plus connus sont sans doute le DDT, les PCBs et les Dioxines.

Le DDT

Le DDT est une substance organochlorée utilisée à grande échelle comme insecticide dès les années 1940. Rapidement, certains scientifiques ont suspecté l'accumulation de cette substance ou de ces produits de dégradation dans la chaîne alimentaire, conduisant au déclin de certaines populations d'oiseaux. Cette substance est en effet toxique pour les embryons et a des incidences sur la qualité des oeufs. En 1962, Rachel Carson publie "The silent spring" (le printemps silencieux), livre mettant en cause le DDT et notamment le risque pour l'être humain et l'environnement. Suite à la polémique, on commence à restreindre son utilisation dans les années 1970. Il sera interdit complètement en 2001 avec la Convention de Stockolm, mais certains pays peuvent encore l'utiliser, notamment contre la malaria. Cependant, des résistances au niveau de moustiques font leur apparition depuis plusieurs années.

Les PCBs

Les PCBs sont une famille de substances contenant environ 209 congénères (même famille chimique mais les atomes de chlore sont placés différemment sur la molécule). Ils sont utilisés comme produits lubrifiants ou ignifuges et ont été commercialisés dès les années 1930. Leur toxicité (développement de cancers) et les effets qu'ils peuvent engendrer sur la reproduction ont conduit à leur interdiction dès les années 70. Ces dernières années, on a pu mettre en évidence que certains congénères étaient particulièrement toxiques, c'est-à-dire équivalents aux dioxines. Les nouvelles législation européennes, prenant en compte cette toxicité différenciée, ont remis les PCBs sur le devant de la scène.

Les dioxines

Les dioxines ne sont pas produites par l'industries, mais sont ce qu'on appelle des "impuretés" ou "by-products". Ils se forment par exemple lors la combution d'autres substances organiques. Mais elles peuvent également être produites lors de la fabrication d'une substance chimique et commercialisées avec cette substance. C'est le cas de l'agent orange, le 2,4,5-T, dont l'épandage au Vietnam a contaminé de larges zones avec des dioxines. Cette famille de substance sont connues pour être teratogènes, mutagènes et cancérigènes. L'accident le plus grave connu s'est produit le 10 juillet 1976 à Seveso, au nord de l'Italie. Ce jour-là, une industrie chimique a relâché un nuage toxique contenant des dioxines. Les premiers signes extérieurs de la pollution ont été des brûlures sur la peau des habitants du voisinage, suivie dans les semaines qui suivirent d'autre troubles cutanés sévères.

Les pesticides

Les pesticides sont utilisés depuis bientôt un siècle pour lutter contre les espèces nuisibles, notamment dans l'agriculture, mais également dans les parcs ou les jardins privés. En Suisse, environ 1500 tonnes de substances sont ainsi commercialisées chaque année. On distingue généralement les herbicides, développés pour combattre les "mauvaises herbes", les insecticides, développés pour combattre les insectes, et les fongicides, développés pour combattre les champignons. En Suisse, quelques 450 substances sont homologuées (Agroscope). C'est plus que dans l'Union européenne où de nombreuses substances ont été interdites, mais moins que ce que l'on peut trouver sur le marché au niveau mondial. Ces substances sont en général combinées avec des adjuvants (surfactants permettant une meilleure solubilité de la substance par exemple) pour former le produit vendu (formulation). Les pesticides sont appliqués une ou plusieurs fois par années sur les cultures, en fonction de leur utilisation. Si il est undéniable que l'apparition des pesticides a permis un production agricole plus constante et a ainsi permis de mettre fin à la famine dans de nombreuses régions, il faut également noter que leur utilisation massive a contribué à contaminer l'environnement de manière significative. De nombreuses études ces dernières années ont mis en évidence des concentrations non négligeables en pesticides dans les eaux souterraines et les eaux de surface. Or les pesticides sont des substances développées pour être toxiques et peuvent donc induire des effets négatifs sur la faune et la flore des écosystèmes aquatiques.

Biocides

Les biocides sont semblables aux pesticides dans le sens qu'ils ont également été développés pour combattre les nuisibles. C'est d'ailleurs souvent les mêmes molécules, seule leur utilisation change. La substance X peut ainsi être utilisée comme herbicide dans l'agriculture et comme biocide dans les peinture de façade, pour lutter contre le développement d'algues. Mais la gamme des biocides est plus large que celle des pesticides. On distingue 23 groupes de biocides, tels que les désinfectants pour l'homme, les désinfectants pour les surfaces, les désinfectants vétérinaires, les désinfectants pour la nourriture, les désinfectants pour l'eau, les conservateurs pour les boîtes, les conservateurs pour les films plastiques, les produits de protection du bois, les produits de protection, etc. Ils font actuellement l'objet d'une procédure spéciale d'évaluation par l'Union européenne. On s'est en effet aperçu que ces substances pouvaient également contaminer l'environnement (air, sol, eau) et n'étaient pas sans danger pour l'homme et les écosystèmes.

Médicaments

Les médicaments naturels existent certainement depuis des siècles, mais les médicaments issus de la chimie n'ont, quant à eux, qu'un peu plus d'un siècle. En effet, en 1853 était synthétisée pour la première fois l'aspirine par Charles Frederich Gerhardt. Les premiers antibiotiques ont été découverts dans les années 30, suivis, dans les années 50, par les neuroleptiques, les antidépresseurs, les béta-bloquants, les hormones synthétiques, etc...Les médicaments consommés par l'homme sont souvent partiellement métabolisés par le corps humain, puis excrétés par les urines ou les fèces. Ils sont ensuite amenés avec les eaux usées à la station d'épuration ou ils sont partiellement dégradés. Ils sont ensuite rejetés dans le milieu naturel. Leur présence dans les lacs et rivières pourraient entraîner des effets négatifs pour la faune et la flore aquatique. On suspecte ainsi les homones sexuelles de synthèse (ethinylestradiol par exemple) de jouer un rôle dans la féminisation des poissons mâles et les antibiotiques de générer des résistances bactériennes. Le problème des médicaments est que même si ils sont présents en faible concentrations dans les eaux, leur déversement est continu. Les organismes sont ainsi exposés pendant toute leur vie à ces faibles concentrations.

Mais les médicaments peuvent aussi se retrouver dans l'environnement via les animaux. En effet, les médicaments vétérinaires donnés au bétail se retrouvent dans le purin. Etendus sur les champs avec ce purin, les médicaments contaminent les sols, mais sont entraînés par les pluies vers les eaux de surface ou les eaux souterraines.

L'agence européenne des médicaments a récemment proposé une approche pour évaluer le risque environnemental des médicaments avant leur mise sur le marché.